Lebas, sans amertume

Solitaire du Figaro 2008 avec LOLA

Trois courses, trois bâches

Cette année, la Solitaire se courait en trois étapes au lieu de quatre. Avec un ultime galop de près de 800 milles, qui devait emmener la flotte jusqu’à l’île de Man en Irlande avant de rejoindre le port d’arrivée de l’Aber Wrac’h. Tous attendaient cette dernière étape comme étant celle qui allait sacrer le patron du millésime 2008. Or, c’est dès la première étape, entre La Rochelle et Vigo, que les cartes ont été dispersées aux quatre coins de la flotte. 49 concurrents avaient alors perdu leur Solitaire tandis qu’un seul d’entre eux, Nicolas Troussel, avait déjà course gagnée. En effet, Troussel a assommé tous ses adversaires en remportant la première étape avec une marée d’avance (6 heures) sur le deuxième. Christophe Lebas était parmi les déçus, mais il restait encore du chemin à faire d’ici la fin de la course. « En fait, je crois que cette première étape m’a cassé. J’étais épuisé, deux jours dans la pétole, dessus tout le temps, à ramer pour avancer à deux nœuds, c’est tuant. Tout ça pour finir dans la brise et enfin, amener le bateau en convoyage jusqu’à Vigo, sans parler du fait que je sois parti dans les cailloux au cours de celui-ci, puis, le stress du chantier, ne pas savoir si j’aurais assez de temps pour réparer… Bref, j’ai traîné tout ça, comme un boulet jusqu’au bout ».

La deuxième étape, entre Vigo et Cherbourg, n’a pas davantage souri à Christophe Lebas, qui, là encore, a souffert et malgré un très bon début de course, s’est effondré avant l’entrée en Manche en se fourvoyant du côté de Ouessant.

Reste la troisième. L’épopée tant attendue par Christophe, parce qu’il y allait avoir de l’air, beaucoup, du portant, enfin, n’a pas eu lieu. Trop de vent annoncé, trop long, trop… Réduite, la dernière étape n’en a pas été pour autant paisible. Le lot des nombreux abandons en témoigne. « Je crois que tous ces abandons sont dus à la grosse fatigue de la première étape. On passait au large de l’Aber Wrac’h pour aller se prendre une patate au milieu de nulle part, virer une bouée improbable au large, à 250 milles quand même et au près. Plusieurs ont préféré mettre le clignotant à gauche. Je ne les juge pas, mieux, je les comprends. Moi, je ne sais pas pourquoi, je ne sais rien lâcher et, d’après ma mère, je suis comme ça depuis tout petit. Je n’avais plus d’objectif sportif bien entendu, l’affaire était pliée, mais j’y suis allé. On ne peut pas forcer les gens à se faire mal, à aller là dedans, c’est pour ça que je respecte complètement leur choix. En revanche, c’est dommage pour eux, parce que le dernier bord a été celui qui m’a donné le plus de plaisir. 150 milles, avec de l’air et de belles vagues, grand largue. C’était un bonheur, surtout après avoir viré la fameuse bouée, même pas éclairée, tout là-bas. Une vraie délivrance à ces deux jours de près ».

L’heure des comptes

Fatigue, soit, motivation érodée, ok, espoir de résultats en berne, l’affaire est entendue. Et cette affaire était partagée par les ¾ de la flotte de la Solitaire. Pour autant, Lebas ne s’attendait pas à un tel naufrage, il est 29ème, 15 heures, 59 minutes et 29 secondes derrière Troussel, le vainqueur de la Solitaire. «Je sais que j’ai manqué de visibilité. Je me suis engagé trop tard à participer à cette Solitaire. Je n’ai pas pu me préparer sportivement, je n’ai pas beaucoup navigué cet hiver et surtout pas en Figaro. Le bateau et le bonhomme n’étaient pas prêts. C’est une évidence. Aujourd’hui, la plupart des concurrents se préparent pendant de longs mois. Le niveau est très élevé. Je reviendrai sur la Figaro parce que j’adore cette course, elle est différente à chaque fois, mais pour prendre plus de plaisir, en donner aussi, à ceux qui me suivent, obtenir de meilleurs résultats, je vais devoir m’investir beaucoup plus en amont, y consacrer davantage de temps. Cela dit, je ne ressens aucune amertume, c’est à moi de motiver mes partenaires beaucoup plus tôt dans la saison».

Le rendez vous est donc pris et cette fois, Lola et Lebas seront fins prêts.

Info Légale I Réalisation Net Spirit I Copyright 2004 I Plan du site